Luis de Góngora

À propos de Luis de Góngora

Le rejet de la poésie de Luis de Góngora par la cohorte des officiels de la poésie n'est pas fondée par une étude des textes mais par des ressentiments multiples qui ne sont pas étrangères à la solitude du poète et la justifient a posteriori.

Jamais il n'espère convaincre les médiocres, ceux qui se servent de toutes les platitudes et veuleries pour justifier les leurs. Il y a donc quelque danger à resucer des jugements empoussiérés. La conspiration des médiocres n'est pas distinctive de notre époque : la médiocrité est un ciment sociétal aussi ancien que le genre humain. Mais cecici n'est qu'accessoire.

Objectivement, la structure de la Fable est une suite de 63 strophes dont chacune comporte 8 vers de 11 syllabes. Ces quelques nombres garantissent une évolution rythmique à la fois symétrique (8 vers) et asymétrique (63 == 7 * 9 == 2**6 - 1). En outre, les règles phonétiques de l'espagnol - que Góngora respecte - permettent une autre fluctuation selon que des silences séparent des syllabes qui normalement s'agglutinent.

On convient que la condensation extrême du texte n'en permet pas le survol. Mais quelle esthétique singulière que celle qui évalue ses critères de lecture sur un indicateur de vitesse. Le sens du texte ne se révèle que par la relecture et la réflexion, tout comme le l'armagnac de qualité ne se révèle que par un processus lent et complexe. À l'inverse du laisser-aller à l'incongru au fil de l'association d'idées et de la divagation, les mosaïques de Góngora se résolvent et se justifient.

À la première lecture, qui livre le fil sonore des strophes, il faut ajouter une lecture décodante à cause des nombreuses références aux mythologies et aux savoirs de l'époque pour aboutir à une lecture littéraire. Au lecteur, elle apporte ainsi bien plus que la poésie surréaliste ou post-surréaliste qui se suffit du déjà acquis où le lecteur reste tourné vers lui-même. Par contre la lecture de la poésie de Góngora est vraiment emblématique d'une époque d'ouverture et d'illumination.

Il faudrait venir à bout de la confusion complaisamment faite entre contemporains : il y a des baroques résolument expérimentaux comme J.S. Bach et Góngora, il y en a beaucoup d'autres - soit, mais il faut pas appliquer aux premiers les critères esthétiques des seconds.

Enfin, il faut relever l'importance de la traduction et de l'annotation: celles de Lichel Host sont exemplaires.

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